• THRILLER, l'histoire du clip de légende

    THRILLER, un clip de légendeIl y a presque 40 ans, en 1983...

    C'est le règne de la cassette VHS qui fait un bruit d'enfer quand on l'introduit dans le magnétoscope, c'est le règne du baladeur à cassettes audio.
    Le premier CD Rom (Compact Disc Read Only Memory) est sorti d'une usine de Hanovre le 17 août 1982 mais il n'arrivera en France qu'en mars 1983, dans les foyers à haut revenu car le lecteur coûte un bras.

    Le label CBS est content car même si les ventes du deuxième album solo de Michael Jackson commence à s'essouffler, l'album Thriller a déjà rapporté un bon pactole en squattant les meilleures places du Billboard 200 en 1982 avec les titres Billie Jean ou Beat it. Pour les directeurs du label, les objectifs sont largement atteints et on ne pourra pas faire mieux.

    Un avis que ne partage pas Michael Jackson, un brin obsédé par les chiffres de vente de ses albums.

     

    Thriller ? No way !

    "No way !" ou "pas question", c'est en résumé la réponse que tous ses contacts, ou presque, opposeront à Michael Jackson quand celui-ci leur présentera sa stratégie pour relancer les ventes de Thriller.

    Constatant le tassement des ventes de son dernier album (pourtant meilleure vente de l'année 82), Michael Jackson tente de convaincre le management de son label, CBS, de lancer une campagne pour relancer les ventes à partir du titre Thriller. En vain. L'album a déjà rapporté des millions de dollars alors pourquoi prendre un risque supplémentaire ?
    Ce refus est le premier d'une longue série. Son manager, Frank Dileo, lui fait une réponse quelque peu désinvolte : "C'est simple, tout ce que tu as à faire c'est de danser, chanter et faire peur". Réponse qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd.

    Un concept hors normes

    Michael Jackson n'est pas homme à renoncer. Même si l'épouvante n'est pas sa tasse de thé, puisqu'il doit "faire peur", qu'à cela ne tienne ! Ce fan de E.T et de dessins animés qui goûte peu les films d'horreur et d'épouvante qu'il juge trop effrayants va visionner des films du genre.
    Un film retient son attention, "Le Loup-garou de Londres", écrit et réalisé par John Landis en 1981.

    Jackson/Landis, la rencontre au sommet

    Quand MIchael Jackson contacte John Landis et lui fait part de son projet, celui-ci est d'abord intrigué puis intéressé. Le concept initial du Roi de la Pop est un clip où il se transformerait en loup-garou quadrupède.

    Nous avons réalisé que ça ne marcherait pas - comme Michael devait danser, il était évidemment beaucoup plus facile d'avoir un "monstre" à deux pattes plutôt qu'à quatre", explique le réalisateur.

    Michael Jackson tient à sa métamorphose mais se rend aux arguments de John Landis pour les parties dansées : il faut faire cohabiter les deux, loup-garou et morts-vivants. Sauf que faire tenir tout ce petit monde dans un clip de 3 à 4 minutes, la norme à l'époque, va être impossible.
    Les deux hommes tombent d'accord sur l'idée d'un court-métrage, d'une durée de 35 minutes initialement, car ils ont l'ambition de le faire diffuser dans les cinémas, puis finalement de 14 minutes, durée plus adaptée aux chaînes musicales, dont MTV, la chaîne qui fait la pluie et le beau temps en la matière. Premier hic, le temps c'est de l'argent et il faut financer une telle durée.

    Les deux hommes peaufinent le projet : chorégraphie, danseurs, décors, costumes, maquillages, effets spéciaux... ça représente un sacré budget !

    La chasse aux financements

    Le coût estimé de ce clip en gestation est pharaonique ! Les deux compères doivent trouver entre 900 000 et 1 M de dollars pour concrétiser le projet. Tout naturellement c'est au boss de CBS, Walter Yetnikoff, qu'ils s'adressent en premier. John Landis lui explique le projet mais, raconte le réalisateur, Yetnikoff éructe si fort que Landis est obligé d'écarter le combiné ! Finalement le label peu convaincu que l'album puisse faire mieux, lâche 100 000 $. On est loin du compte.

    Michael Jackson met 150 000 $ de sa poche mais ça ne fait au total qu'un quart du budget prévisionnel.

    Les chaînes de télévision sont également sollicitées et le groupe Showtime contribue largement. La chaîne MTV va d'abord opposé un refus.
    C'est déjà  à reculons que la chaîne avait diffusé les clips Billie Jean et Beat it qu'elle avait initialement rejetés pour une raison assez répugnante : elle n'aime qu'une couleur, le Blanc ! Mais il y a une autre couleur à laquelle la chaîne est sensible, le vert des billets. Et quand MTV apprend que le concurrent Showtime a investi dans le projet, elle accepte de mettre la main à la poche.

    Le producteur de John Landis a une idée de génie : filmer le tournage du clip et commercialiser ce film en le vendant aux chaînes TV et dans les video stores. C'est révolutionnaire et ça marche ! Les chaînes iront jusqu'à payer pour avoir l'exclusivité. Making Michael Jackson's Thriller, réalisé par Jerry Kramer, couplé au clip, sera la vidéo musicale la plus vendue avec 9,5 millions d'exemplaires.

    Le clip n'est pas encore sorti que déjà il est entré dans la légende et suscite toutes les curiosités.

    La folle histoire du tournage

    Outre ce qui précède, le clip  Thriller est une première tant pour Michael Jackson que pour John Landis.
    Pour la première fois Bambi va se glisser dans la peau de deux monstres quant à Landis, c'est la première fois qu'il tourne un clip musical.

    A propos du tournage

    Je ne vous ferai pas l'affront de vous rappeler le synopsis du clip mais voici quelques informations parfois moins connues.

    La première partenaire féminine de MIchael Jackson

    C'est le tout premier clip où Michael Jackson a une partenaire féminine. Et le choix de celle-ci ne fut pas immédiat.
    THRILLER, l'histoire du clip de légendePour jouer le rôle de celle qui séduit Michael, c'est l'actrice Jennifer Beals qui fut initialement pressentie. Mais la vedette de Flash Dance refuse l'offre. Parmi les centaines de candidates, Michael Jackson semble accrocher avec l'une d'elle, une certaine Ola Ray, une illustre inconnue... sauf pour les lecteurs de Playboy dont elle fut la playmate du mois en juin 80. Si on excepte une apparition dans le clip de George Benson Give me the Night, également en 1980, le CV de la belle est léger.
    Il le restera malgré sa prestation remarquée dans le clip Thriller.

    Un costume mythique

    Le fait que CBS ne se soit pas engagé dans le projet présente un avantage non négligeable pour les deux acolytes : ils sont seuls maîtres à bord dans leurs choix artistiques et dans le choix des partenaires. Du coup John Landis va s'entourer de collaborateurs avec qui il a l'habitude de travailler sur ses films.
    En charge des costumes, Deborah Nadoolman, qui n'est autre que la femme de John Landis, va créer un costume qui deviendra mythique.
    Il faut que le costume tranche sur ceux, sombres et poussiéreux des zombies, mais qu'il tranche également dans l'environnement sombre du clip. Deborah Nadoolman est loin d'être une débutante puisqu'on lui doit les costumes d'Indiana Jones (les mythiques blouson et fedora) ainsi que ceux des Blues Brothers.
    Elle conçoit une tenue rouge avec un rouge écarlate pour le pantalon, qui permet de voir les pas de Michael Jackson, pantalon qui laisse voir les chevilles pour que là encore les fans puissent suivre et copier les pas.
    Le blouson en cuir est très structuré, avec des épaules larges pour affirmer la virilité du chanteur et des bandes noires figurant un M comme... bien sûr !

    Cette tenue deviendra iconique et sera souvent reprise en hommage par d'autres artistes. La tenue originale sera vendue en 2011 à plus de 1,8 M de $.

    Maquillages, l'autre gageure

    Autre membre de l'équipe Landis, Rick Baker qui va devoir relever un défi de taille : métamorphoser Michael Jackson sans le rendre laid et le rendre effrayant sans le rendre trop monstrueux.
    Au moment du tournage Michael Jackson a entamé la terrible marche qui conduira à la destructuration de son visage mais il est plus beau gosse que jamais et pourtant Rick Baker va réussir à le rendre très inquiétant.
    Rick Baker est loin d'être un débutant puisqu'il travailla sur la saga des Star Wars mais également sur Le Loup-garou de Londres.
    Pour le maquillage du lycanthrope, Rick Baker confectionnera un masque d'après le moulage du visage de la vedette et en fera un loup-garou certes effrayant mais très esthétique (quand on aime les poils, bien sûr !).
    Pour transformer Michael Jackson en un zombie acceptable, Rick Barker va exploiter les traits naturels du chanteur en travaillant sur les ombres et les lumières afin de modeler ses traits, accentuant les cernes et creusant les méplats, faisant ressortir le menton et les pommettes.
    Il ne reste plus qu'à faire travailler les expressions et Michael Jackson devient une créature de l'ombre tout à fait convaincante. Quant au maquillages des zombies, il est beaucoup plus impressionnant que celui des créatures de George A. Romero, le père du genre.

    Arrangements et chorégraphie

    C'est bien évidemment l'équipe de Michael Jackson qui est à la manœuvre pour la partie musicale.
    Les arrangements sont signés Quincy Jones, celui-là même qui poussa Michael à s'affranchir des Jackson 5 et avec qui il travailla sur ses albums solo. Pour la petite anecdote, c'est à Quincy Jones que l'on doit l'inoubliable générique de la série Mission Impossible.

    Pour la chorégraphie, MIchael Jackson fait appel à Michael Peters avec qui il a travaillé sur le clip de Beat It. Mais faire danser des bad boys et des morts-vivants n'est pas la même chose, aussi Michael Jackson va-t-il travailler différemment :

    Comment faire danser des zombies et des monstres sans que ce soit comique? Je suis donc entré dans une pièce avec Michael Peters, et lui et moi avons imaginé ensemble comment ces zombies se déplacent en faisant des grimaces dans le miroir. J'avais l'habitude de venir aux répétitions parfois avec du maquillage de monstre, et j'adorais faire ça.

    Le résultat est une chorégraphie rythmée, saccadée, simple à exécuter et à retenir, qui fera le bonheur des flash-mobs et des mariages.

    Autour du tournage

    Malgré la pression due au timing que s'est imposé Michael Jackson (tout doit être bouclé fin novembre), celui-ci s'en remet totalement à John Landis et les deux hommes se lient d'amitié. John Landis dira en 2012 :

    Il s'agissait surtout d'un clip vidéo très égocentrique, avec la transformation de Michael en 'monstre', mais tout a très bien fonctionné, j'étais extrêmement surpris [...] Michael Jackson vivait alors une période heureuse [...] Il venait chez moi et on regardait des dessins animés jusqu'à quatre heures du matin.

    Cette entente (qui prendra du plomb dans l'aile sur le tournage de Black and White, huit ans plus tard) se ressent sur le tournage qui reste serein malgré la pression et le travail avance vite.

    Pendant le tournage, l'équipe connaîtra pourtant des moments de folie quand les fans se donnent rendez-vous en masse lors des tournages en extérieurs.
    THRILLER,HouseA l'époque il n'y a ni portable, ni ordinateur et donc pas de FaceBook, de Twitter et autre Instagram mais il y a la radio et le bouche à oreille, garanti sans bug. Les fans viennent en masse pour voir le Roi de la Pop, se rejoignant aux abords du Palace Theatre (le cinéma d'où sortent les deux tourtereaux), dans le centre de Los Angeles, sur Union Pacific Avenue (où dansent les zombies) ou encore autour de la Thriller House sur Caroll Avenue, la maison où se réfugie Ola Ray pour échapper aux zombies, également connue pour avoir abrité le tournage de la série Charmed.

    Les plateaux de tournages attirent d'autres curieux, prestigieux ceux-là : Rock Hudson, Fred Astaire, Marlon Brando, Jackie Kennedy Onassis.

    Thriller échappe à la destruction

    Alors que tout est prêt pour le lancement prochain, une catastrophe menace de s'abattre sur le clip à l'histoire déjà mythique, histoire dont les témoins de Jéhovah ont eu vent à l'instar des fans.
    Or Michael Jackson est témoin de Jéhovah et sa mère l'a élevé dans cette "religion" et pour sa congrégation, Thriller est un clip impie dans lequel la transformation du chanteur représente à leurs yeux un pacte avec le diable. Ils menacent de l'excommunier, pas moins, et Michael Jackson est bouleversé, tiraillé entre sa foi et son désir de sortir ce clip.
    Il contacte John Branca, son avocat conseil, et lui demande de brûler toutes les bandes. John Branca met tout son pouvoir de persuasion pour l'en dissuader, tentant de lui faire comprendre qu'il n'était en aucun cas ce que sa congrégation l'accusait d'être. Finalement, il lui parle de Bela Lugosi que Michael Jackson adorait et qui était le mythique interprète de Dracula. Cet homme très pieux avait fait insérer un avertissement au début de ses films, précisant qu'il condamnait le vampirisme.
    Michael Jackson se rend à ses arguments et fait insérer l'avertissement qui figure au début du clip :

    En raison de mes fortes convictions personnelles, je tiens à souligner que ce film ne représente en aucun cas une croyance dans les sciences occultes.

    Les témoins de Jéhovah se détourneront plus tard de lui mais l'artiste a changé et cela n'aura plus d'importance.

    Le triomphe de l'obstination

    Le 14 novembre est LE grand jour pour le duo Jackson/Landis.
    Le court-métrage est diffusé en avant première dans un cinéma de Los Angeles, le Grest Theater, en présence d'Eddy Murphy, de Diana Ross, de Warren Betty et de Prince. Le public lui fait une véritable ovation. Il sera d'abord exploité dans les salles de cinéma pendant un mois (pour pouvoir prétendre à une nomination aux Oscars) avant sa diffusion en exclusivité sur MTV le 2 décembre.
    La chaîne qui avait déjà rechigné à diffuser le clip Beat It de cet artiste noir voit son audience multipliée par 10 quand elle diffuse Thriller.

    Le reste du monde découvrira le clip quelques jours plus tard. En France, c'est Michel Drucker qui, toutes les cinq minutes, fait la promo dans son émission Champs Élysée et les fans sont pendus à leur écran.

    En 1982 l'album Thriller était meilleure vente de l'année, après la diffusion du clip Thriller il devient "meilleure vente de tous les temps", statut qu'il conservera au moins jusqu'en 2020 avec 105 M d'exemplaires vendus (réellement). C'est aussi un record de vente de cassettes VHS, plus de 9 millions d'exemplaires, du jamais vu à l'époque.

    Personne n'y avait cru, sauf un : lui. Michael Jackson a eu raison contre tous.

     

    L'après Thriller

    A travers ce clip, MIchael Jackson a révolutionné le monde du clip musical, faisant entrer les exigences du cinéma dans le monde de la pop et en ouvrant la porte à des clips plus sophistiqués, plus élaborés en terme d'histoire.

    Le nombre de distinctions reçues par Thriller, dont le prix de la meilleure vidéo lors des Grammy Awards en 1985 mais également 3 récompenses MTV, témoignent des nouvelles exigences tant des professionnels que du grand public. Aujourd'hui encore, ce clip reste la référence en matière de clips scénarisés et chorégraphiés.

    Thriller a également ouvert les portes de la chaîne MTV aux artistes noirs que la chaîne jugeaient peu compatibles avec son public blanc.

    En septembre 2017 à la Mostra de Venise, John Landis réalise le rêve de Michael Jackson grâce à la technologie en le rendant compatible avec la 3D, avec un son remixé.

    Fin 2009, Thriller est le premier clip à entrer à la Bibliothèque du Congrès à Washington, dans le cadre d'une valorisation du Patrimoine américain.
    Nul doute que le King of Pop en aurait été fier.

     

     
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  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Novembre à 09:57

    Bonjour ma petite Pixelie,

    Je ne savais pas tout ça sur l'histoire de ce célèbre clip de Michael Jackson, intéressant à lire.

    J'ai vu le clip deux fois, il est super bien fait et quelle chorégraphie ! Un vrai film !

    J'adore cette chanson, elle donne envie de danser. La seule chose que je n'aime pas c'est le loup-garou, pas mon truc ces bébètes-là lol

    Le roi de la pop a bien fait de croîre en ce clip, quel succès !

     

    Passes une bonne journée et une agréable semaine mon amie adorée, gros bisous.

    Florence

    2
    Lundi 1er Novembre à 11:43

    Une chanson et un clip qui feront date dans la sphère musicale. Il faut dire qu'il n'est pas allé chercher n'importe qui, qui déjà m'avait enchanté et effrayé pour son film "Le loup-garou de Londres", une réussite du genre qui pourtant n'est pas le mien. Mais celui-là m'a beaucoup plu !

    3
    Lundi 1er Novembre à 17:44

    Coucou Pixelie,

    Il y a beaucoup de choses que je ne savais pas sur cette chanson et ce clip, je l'ai vu tellement de fois même encore aujourd'hui il passe encore sur les chaines de musique.

    J'aime beaucoup cette chanson, mais tu vas rire quand j'étais plus jeune j'avais peur du clip ah ah ah..... Là ça passe mieux... sarcastic

    Merci pour ce bel article où j'ai appris des choses intéressantes.

    Bisous Stéphanie.

    4
    Jeudi 4 Novembre à 09:10

    pas de temps ces jours

    je passe en coup de vent souhaiter le weekend bon et beau

    aux amis

    et je file

    je reviendrai lire ca a tete reposée eh eh eh

    5
    Mercredi 1er Décembre à 10:58

    Merci Pixelie25 pour ton cœur à l'ouvrage cool

    Michael Jackson ?  carrément +1... et plus encore :)))

     

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