• Spencer Elden, dur dur d'être un bébé !

    Spencer Elden, vous connaissez, n'est-ce pas ?

    Mais siiii ! J'en suis sûre et certaine.
    Comme je suis sûre que vous l'avez déjà vu tout nu, sans avoir jamais connu son nom jusqu'au mois d'août dernier, et encore.

    Si je vous montre une photo de lui, ça vous mettra sur la piste.

    Spencet Elden, dur dur d'être un bébé !

    Belle gueule, hein ?
    Mais ça ne vous dit toujours rien, pas vrai ? Rien d'étonnant à cela car, je vous rassure, m'aurait-on montré ce cliché que j'aurais été infoutue de deviner qui est ce mec.

    Allez ! Je vais donc lever le voile sur ce mystère, avec un agacement non feint.

     

    Spencer à la piscine

    De la photo historique...

    Spencer Elden, qui fêtera ses 31 ans le 7 février  prochain, est artiste et mannequin à Los Angeles.
    Mais ce n'est pas ce qui lui a valu une notoriété internationale.

    Car si le trentenaire est célèbre dans son quartier (je suis méchante, mais bon, il l'a cherché !), bébé Spencer quant à lui fut une star, à son insu. Faut dire que quand on a 4 mois, même si on s'appelle Shirley Temple, la célébrité est une notion totalement inconnue.

    L'histoire de cette célébrité commence en septembre 1991 avec la sortie, sous le label DGC Records,  du deuxième album d'un groupe grunge d'Aberdeen (état de Washington) : Nevermind.

    Bien qu'il existe depuis 1987, ce groupe est encore inconnu mais la sortie de Nevermind va faire connaître son nom dans le monde entier. Il s'agit de Nirvana.
    Avec les deux singles Smells Like Teen Spirit et Come as You Are, le nom de Nirvana va faire le tour du monde et Nevermind devenir une des meilleures ventes d'albums.

    Le fils de mon pote

    Nevermind coverLa conception d'un disque passe aussi par le visuel ; le label et Kurt Cobain sont à la recherche d'un visuel fort en symbole.
    A cette époque il y a un véritable engouement autour du phénomène des bébés qui lors de leurs premiers mois ont la capacité de couper leur respiration et d'évoluer naturellement sous l'eau. Ceux de ma génération se rappellent certainement la grande mode des accouchements dans l'eau.

    Ainsi nait l'idée d'un bébé dans l'eau. Le hic est que les droits demandés par les agences sur leurs clichés sont exorbitants aussi le label charge-t-il le photographe Kirk Weddle de faire un cliché.

    Pour le photographe, pas besoin d'aller très loin pour trouver son modèle : un couple de ses amis a un bébé de 4 mois. Il leur demande la permission de prendre des clichés et l'affaire est conclue pour la somme de 200 $.

    Au cliché original sont ajoutés l'hameçon et le billet d'un dollar qui semble attirer irrésistiblement ce bébé heureux et la pochette fait florès autour du monde avec cette satire visuelle de l'Amérique.

    Spencer au tribunal

    ... à un "plat" juridique

    Tandis que les survivants du groupe Nirvana s'apprêtent à fêter au mois de septembre 2021 le trentenaire de cet album devenu mythique, un coup de tonnerre, médiatico-juridique éclate au mois d'août : le "Nirvana baby", comme s'autoproclame Spencer Elden, porte plainte contre tous les ayant-droits de l'album.
    Il ne fait pas dans le détail puisqu'il poursuit les survivants du groupe Dave Grohl et Krist Novoselic, Courtney Love et tous les ayant-droit à la succession de Kurt Cobain, Universal Music, les anciens labels ayant édité Nevermind, le photographe Kirk Weddle et même le batteur Chad Channing qui n'a fait qu'une fugace apparition sur le morceau Nevermind avant d'être remplacé par Dave Grohl au sein du groupe.
    J'ai presque envie d'ajouter "et un raton laveur" dans cet inventaire à la Prévert mais quand on sait que le jeune mannequin réclame à chacun au moins 150 000 $ de dommages et intérêts plus des dommages et intérêts à vie, ça coupe l'envie de se marrer ! En tout, il poursuit 15 personnes pour un montant de 2,25 M de dollars, pour commencer !
    Sans oublier sa demande que soit modifiée ladite pochette...

    L'objet de la plainte

    Spencer Elden a donc déposé plainte le 24 août aux motifs de détention et diffusion d'image pédopornographique, exploitation de son image sans son consentement (on est prié de ne pas rire), de "stress permanent et extrême avec des manifestations physiques" l'ayant plongé dans l'incapacité d'une éducation et d'une vie professionnelle normale, accompagnée de l'incapacité à "jouir de la vie".
    Car ce malheureux Spencer est persuadé que le monde entier reconnait son pénis ! (ce n'est pas une blague !).

    Rejet de la plainte le 4 janvier

    La partie adverse a tôt fait de réagir avec des arguments de poids.

    Concernant l'accusation de pédopornographie, outre le fait que dans l'état de Californie les faits sont prescrits depuis 10 ans quand bien même les faits seraient avérés, ce qui n'est pas le cas comme l'ont démontré les avocats des défendeurs.
    En effet, les parents de Spencer ont donné leur consentement et, même si au regard de la popularité de cette pochette, la somme de 200 $ peut paraître dérisoire, elle entérine et clôt une transaction normale entre un photographe et son modèle ou ses représentants légaux quand il s'agit de mineurs.
    Faut-il poursuivre toutes les familles américaines possédant des photos de leurs bébés nus dans l'eau ? demandent les avocats avec bon sens.

    Quid du traumatisme dû au fait que tout le monde reconnait son pénis et qu'il n'ait pas été rémunéré ?

    Là encore les avocats ont joué sur du velours !

    Spencer Elden

    Quand la pochette est retenue en 1991, l'anonymat du bébé est préservé sur décision collective. Quant à Kurt Cobain, conscient de l'impact ultérieur que pourrait avoir la diffusion de ce cliché sur le jeune Spencer, il avait décidé de lui en parler de vive voix. La mort du chanteur fait que cette entrevue n'aura jamais lieu.
    Mais l'équipe qui a travaillé sur Nevermind veillera à ce que l'identité du "Nirvana baby" ne soit jamais révélée.

    Mais alors, qui a levé le voile de l'anonymat ?

    Spencer Elden lui-même ! Et à plusieurs reprises.

    Comme en témoigne le cliché ci-dessus, il a reproduit le cliché à plusieurs reprises (ici en 2008) et à différents stades de sa vie, s'autoproclamant "Nirvana baby".
    Facile pour les avocats de déterrer des interviews accordées par Spencer Elden !
    Car avec régularité pendant 15 ans, il va courir les interviews pour bien rappeler que c'est lui le bébé de la pochette.
    Ainsi en 2003, il déclare au mag Rolling Stone :

    Tous les cinq ans environ, quelqu'un va m'appeler et me poser des questions sur Nevermind … et je vais probablement en tirer de l'argent

     Plus tard à CNN, il ira jusqu'à déclarer ;

    Je dis toujours : « [Mon pénis a] changé, voulez-vous le voir ?"

    J'imagine que les conseils de l'équipe de Nirvana ont dû se friser les moustaches en relisant l'interview accordée en 2015 à Abigail Radnor, journaliste du Guardian et dont je vous livre cet extrait :

    C'est une chose étrange de comprendre, de faire partie d'une telle image culturellement emblématique. Mais cela a toujours été une chose positive et m'a ouvert des portes. J'ai 23 ans maintenant et je suis artiste , et cette histoire m'a donné l'opportunité de travailler avec Shepard Fairey pendant cinq ans, ce qui a été une expérience formidable. C'est un grand connaisseur de musique : quand il a entendu que j'étais le bébé Nirvana, il a pensé que c'était vraiment cool.

     Devant la défense en béton de l'équipe de Nirvana, les avocats du défendeur avait jusqu'au 30 décembre pour en prendre connaissance et revoir les termes de la plainte. Ils sont passés à côté et, le 4 janvier, le juge Fernando M. Olguin a débouté Spencer Elden de sa plainte mais avec "autorisation de modification", l'équivalent de notre appel juridique.

    Les avocats de Spencer Elden ont jusqu'au 13 janvier pour interjeter appel. Dans ce cas, "l'équipe" Nirvana aura jusqu'au 27 janvier pour répondre.
    Le tribunal californien déclare : "Le défaut de déposer dans les délais une deuxième plainte modifiée entraînera le rejet de cette action sans préjudice pour défaut de poursuite et/ou non-respect d'une ordonnance du tribunal".

    Les réactions publiques

    "Un procès frivole"

    Les questions de pédopornographie sont ultra sensibles outre Atlantique et entraînent souvent des réactions épidermiques chez les Américains, favorables aux victimes.

    Si Spencer Elden misait sur ce facteur, c'est complètement raté !
    Que ce soient les fans, les artistes ou les journalistes, quasiment tout le monde tire à boulets rouges sur le jeune homme, pour les raisons évoquées dans cet article mais également parce que Spencer Elden s'attaque à un mythe.

    Pour écrire cet article, j'ai parcouru plusieurs sites d'information US et j'ai été frappée par le fait que tous condamnent l'action de Spencer Elden, souvent avec ironie quand ce n'est pas carrément avec une moquerie exaspérée. Déjà en 2015 le zine Stereogum se foutait ouvertement de lui en le décrivant ainsi : [Spencer Elden est  ] Le Mec qui veut vraiment que tu saches qu'il était sur la couverture de Nevermind de Nirvana.

    Beaucoup plus sérieusement, l'action entamée par Spencer Elden met en rogne jusqu'aux experts juridiques du pays, en charge de dossiers de "vraie" pédophilie et qui défendent des victimes en profonde et réelle souffrance, tel l'avocat Jamie White en charge des dossiers de victimes de prêtres pédophiles ou de l'ex soigneur de l'équipe de gymnasitique américaine, Larry Nassar, reconnu coupable de pédocriminalité.
    Pour eux, Spencer Elden décrédibilise la parole des victimes.

    Un des chroniqueurs vedettes de la chaîne HBO, Bill Maher, n'y va pas par quatre chemins !
    Dans son émission New Rule, il fustige littéralement le trentenaire :

    Les mots "victime" et "survivant" ont parcouru un long chemin depuis leur utilisation originale. Le bébé de l’album Nirvana dit qu’il est une victime. [...] Tu n'es pas une victime. Il n’y a aucune raison pour que tu ne puisses pas avoir une vie normale et heureuse simplement parce que les gens te regardent et pensent "bébé pénis" [...]

    Arrête de te comporter comme un putain de bébé !

    En conclusion

    On peut voir cette histoire comme une situation vernaculaire et se rassurer en se disant que ce n'est pas chez nous qu'on verrait ça.

    Mais quand on connait la propension des Américains à ester en justice pour tout voire n'importe quoi, rien ne garantit que Spencer Elden ne devienne pas un exemple pour certains.
    A l'heure où je conclus cet article, rien ne permet de préjuger de l'issue de cette affaire et il reste une semaine pour savoir si elle sera abandonnée ou si les avocats de l'intéressé, après modification des objets de la plainte, obtiendront gain de cause sur tout ou partie de leurs demandes.

    Si à l'issue du procès le caractère pédopornographique de la pochette de Nevermind était reconnu par la cour de Californie, la décision ne s'arrêterait pas aux limites de cet état mais dans le monde entier.

    En illustrant le présent article avec la cover de Nirvana, je pourrais être poursuivie tant par Elden que par n'importe quelle cour américaine pour détention et diffusion publique d'image à caractère pédopornographique.

    De même, des parents bien innocents tout fiers de montrer des photos de leur bébé tout nu évoluant sous l'eau pourraient être dénoncés et poursuivis pour peu qu'ils diffusent ces photos sur le réseau social bien connu...

    Michel Ange et Raphaël doivent serrer les miches avec leur plafond et leurs nativités !

    Vous pensez que j'exagère ?
    En 2014 j'ai voulu héberger un tube de la Vénus de Milo sur un hébergeur américain, ImageShack.
    Après 4 tentatives, j'ai écrit pour m'étonner de la disparition systématique de cette image. Fort courtoisement il me fut répondu que "conformément aux conditions générale d'utilisation, la diffusion d'images à caractère pornographique était interdite".

    Ça ne s'invente pas !

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 7 Janvier à 07:02

    Bonjour ma petite Pixelie,

    J'ai vu ce jeune homme à la TV, ils en ont parlé il y a quelques temps dans le JT de M6 à propos de la fameuse pochette de Nirvana. Il a bien grandi depuis lol

    Bien écrit ton article, intéressant. Je partage ton avis, tu n'exagères pas.

     

    Passes une bonne journée et un agréable week-end mon amie adorée 

    Gros bisous smile

    Florence

      • Vendredi 7 Janvier à 11:47

        Merci pour le compliment ma chère Flo

        Avec les nord américains, pas besoin d'exagérer : ils font le boulot eux-mêmes !

        Ce type résume en une seule affaire les travers de cette société.
        Bisous ma Belle

    2
    Vendredi 7 Janvier à 08:26

    Je vais mettre le lien vers ton blog pour ma petite soeur car elle adore Nirvana.

      • Vendredi 7 Janvier à 11:49

        Merci mon cher Fred

        J'espère que ça l'intéressera

        Bisous

    3
    Vendredi 7 Janvier à 09:50

    Hello,

    je me souviens de la pochette, comme beaucoup

    mais cette histoire de droit a l'image, pureeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee

     

    aux USA tu as le droit de montrer des photos de décapitations,

    des horreurs de guerre et des crimes filmés en direct..........etc

    mais pas un sein ou une oeuvre d'art erotique

    mon dieu quel scandale

     

    au secours, os court

     

     


    Vendredi, voici mon petit tour
    Pour un exquis weekend souhaiter a mes amis
    Une fin de semaine belle et heureuse
    Mème si la neige fondue comme ce matin chez moi
    Ou bien la pluie s'annoncent

    Je suis en bonne forme en ce jour
    J'ai déjà posté ce matin une nouvelle poésie
    En ces temps tristes, une petite réflexion rêveuse
    Pour n'aller qu'en bonne humeur et ne vivre qu'en joie
    Pour affronter le tout mauvais c'est mon unique réponse

      • Vendredi 7 Janvier à 12:01

        Mon cher Phil

        A travers mes recherches et la rédaction de cet article, j'ai souhaité mettre en évidence les dérives qui, comme je le note en conclusion, sont typiques de la société américaine : l'exploitation de l'image et ce qui en découle mais aussi le caractère extrêmement vénal de la société américaine.

        Ce mec en est une illustration qui friserait presque la caricature à nos yeux de Français.

        Pour ce qui est de la décence des images, nous sommes tout aussi tartuffes que les Américains. Montrer des flaques de sang aux JT ne semble pas dérangeant (et puis ça fait de l'audience !) mais "en même temps", on condamne la marque Aubade qui a eu l'outrecuidance de montrer des fesses pour une pub (au demeurant fort esthétique) de slip...

        La connerie humaine a encore de beaux jours devant elle, même quand on croit qu'elle vient d'atteindre ses limites.

        Bisous Ami Poète

    4
    Vendredi 7 Janvier à 16:02

    Hey mais quel couillon ce jeunot :)   .... c'est Kirt qui a marqué ma mémoire pas le robinet du bébé

    Salut ma Louloute  

    5
    Vendredi 7 Janvier à 16:15

    Ben tu m'as donnée envie de me faire quelques bons morceaux et de regarder quelques vidéos parlant d'eux merci Grand Ma 

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