• Patrick Juvet, le chanteur à minettes

    Patrick Juvet, le chanteur à minettesLe 1er avril la nouvelle tombait et ça n'avait rient d'une blague : le chanteur franco-suisse Patrick JUVET venait de s'éteindre à son domicile de Barcelone, à l'âge de 70 ans.

    Pour la génération des boomers, ce sont quarante-neuf ans de souvenirs qui s'éteignent mais aussi des tubes accrochés à la mémoire que même la génération Z  connait, tels Où sont les femmes ou I love America.

    Mais réduire Patrick JUVET à ces seuls titres serait profondément injuste car en près de cinquante ans de carrière cet auteur compositeur chanteur laissent des titres injustement méconnus.

     

     

    Patrick Juvet, le petit Suisse

    Né le 21 août 1950 dans la canton de Vaud (Suisse), le jeune Patrick baigne très tôt dans la musique car son père tient un magasin de radio et TV et lui fait écouter les titres venus d'outre-Atlantique. C'est de sa mère, femme politique pour le Parti Radical Démocratique, qu'il tire son côté pro européen.

    Le petit Patrick JUVET est précoce : il entre à six ans au Conservatoire de Lausanne où il obtient un premier prix de piano.
    Mais c'est d’abord sa belle petite gueule qui le fait remarquer et à dix-huit ans il entame une carrière de mannequin.
    C'est la chanson qui l'attire et il se fait remarquer lors d'un radio crochet local en 1968.

    Trois ans plus tard, il plie bagages pour se rendre à Paris afin de rejoindre Patrick Maignant, son compagnon qui deviendra son agent. Florence Aboulker (qui sera son grand amour), romancière et attachée de presse, le présente à l'incontournable Eddie Barclay qui produit son premier 45T, Romantiques pas morts. Le succès ne sera pas au rendez-vous.

    La rencontre avec Claude François et Jean-Michel Jarre

    1972 sera l'année de la révélation.
    Patrick Juvet, le chanteur à minettesEn mai sort La Musica, gentille bluette qui va faire un vrai carton et que les minettes de l'époque chatonnent à longueur de journée (j'avoue !).
    Cette même année un dénommé Claude François, à l'époque star absolue (et un brin despotique) réquisitionne le jeune chanteur dans ses locaux du boulevard Exelmans afin que celui-ci lui écrive une chanson.
    Installé au piano des studios La Flèche, Patrick Juvet fait écouter sa mélodie à l'équipe. Claude François surgit comme un beau diable en s'écriant "Je la veux !".  Ce sera Un Lundi au Soleil qui devient un des tubes majeurs de Cloclo.
    Le jeune compositeur ne le sait pas encore mais avec cette chanson, il vient de toucher le jackpot et il dira plus tard : "Je pourrais très bien arrêter car en tant que compositeur, j'ai des droits d'auteur et une retraite qui tombent" (Sept à Huit 2014).

    Patrick Juvet, le chanteur à minettesEn 1973 Patrick JUVET sort son premier album La Musica où il reprend Romantiques pas morts et qui aligne des tubes tels Sonia ou encore Au même Endroit, à la même Heure.
    Celui qui se revendique lui-même "chanteur à minettes" sort l'album Love  toujours en 1973. avec entre autres Rappelle toi Minette ou Au Jardin d'Alice.
    Patrick JUVET fait le buzz en affichant un maquillage inspiré du glam rock et qui n'est pas sans rappeler le Ziggy Stardust de David Bowie.

    En 1974 il cosigne son troisième album Chrysalide avec un de ses choristes, un certain Daniel Balavoine avec qui il interprète le titre Couleurs d'Automne. Si Juvet admire le caractère bien trempé du jeune homme, il n'hésite pas à le rembarrer quand celui-ci dépasse les bornes et les deux hommes développeront une amitié parfois houleuse car Patrick Juvet n'a pas non plus la langue dans sa  poche !

    En 1975 Patrick JUVET rencontre un jeune parolier avec qui il écrira une vingtaine de titres dont Faut pas Rêver (album Mort ou Vif en 1976) et Où sont les Femmes ? (Paris by Night 1977). C'est Jean-Michel Jarre.

    Patrick Juvet et le disco made in France

    1978 signe son grand virage disco, quand il s'installe aux USA.
    De sa collaboration avec Victor Willis (chanteur et leader des YMCA) nait le big tube I love America qui sort sur l'album Got a Feeling et dont la durée initiale est de plus de 14 minutes !
    L'année suivant sort l'EP Lady Night avec le titre éponyme qui fait lui aussi un carton. Cette même année il signe la BO du film du photographe David Hamilton, "Laura, les ombres de l'été", avec entre autres le superbe titre Tristesse de Laura.

    Le début des années 80 marque le déclin de sa carrière.
    Still Alive, album rock en anglais sorti en 1980 et surtout Rêves Immoraux en 1982 ne trouveront pas leur public, ce qui est injuste car Rêves Immoraux est peut-être un des albums les plus aboutis et les plus intimistes de Patrick JUVET, à l'instar de Solitudes sorti en 1991.

    Patrick Juvet, le chanteur à minettes

    Est-ce parce qu'il s'est lui même enfermé dans cette image de chanteur à minettes ? Est-ce parce que le public est bêtement resté scotché à sa période disco ?
    Toujours est-il que pour Patrick JUVET cette chute de popularité affecte profondément cet homme sensible qui plonge dans la drogue et l'alcool.

    Fin des 90's et début des années 2000 ses apparitions publiques sont bien accueillies, entre autre sur les tournées Âge Tendre...

    Juvet, l'artiste courageux

    Cet article est l'occasion de rendre hommage et justice à cet artiste, à divers égards.

    Si aujourd'hui on pointe du doigt les difficultés que traverse la population LGBT, je laisse imaginer aux plus jeunes le courage qu'il fallait pour assumer sa bisexualité dans la société puritaine française des 70's ! Il fallait une sacrée paire de couilles pour affronter les insultes d'une certaine presse, aujourd'hui dithyrambique. Patrick Juvet ne connaissait pas la langue de bois, même en promo.

    On a glosé sur son côté chanteur à minettes, on a glosé sur sa vie sexuelle, sur son côté dandy et on a enfermé l'artiste entre bluette et disco.
    A travers les titres sélectionnés, on découvre un artiste talentueux et original, jonglant avec les styles, de la variété à "deux  balles" en passant par le rock (les guitares surprenantes de Gay Paris !), le jazz et le funky (Les Voix de Harlem), le classique (La Tristesse de Laura), mais également la poésie toute baudelairienne de Rêves Immoraux ou la nostalgie des Bleus au Cœur ou de Si on Recommençait.

    Adieu l'Artiste !

     

     
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  • Commentaires

    1
    Lundi 12 Avril à 10:54

    merci de cet hommage

    un peu plus tard je rendrais moi aussi mon hommage

    en mettant certaines de ses chansons a ecouter en mon jukebox

     

    j'ai quelques disques de lui et une compile

    j'aimais bien certains titres et pas que son disco fou

      • Mardi 13 Avril à 13:26

        Pour être totalement honnête, je viens de le découvrir vraiment en me documentant pour écrire cet article.

    2
    Mercredi 14 Avril à 08:35

    Je me souviens bien de Patrick Juvet, j'étais gamine lorsque mes tantes maternelles écoutaient ses 45 tours.

    Ce n'est pas que je l'aimais bien mais l'annonce de sa mort m'a surprise, il n'était pas si âgé que ça.

    Un bel article que tu lui as consacré, en tout cas.

    3
    Dimanche 18 Avril à 09:59

    Bonjour à toi et merci de rendre cet hommage à Patrick Juvet.

    Pour ses chansons je préfère la période de ses débuts, les années 70.

    J'écoute Sonia et j'adorrre.

    Bises chez toi. Jean

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