• Black Betty, une sombre histoire

    Black Betty, si noireUn riff et une ligne de percussions qui restent en tête depuis 1977 et qui appartiennent désormais aux classiques du rock.

    La Black Betty de Ram Jam a fait le tour du monde, devenant le titre le plus connu du groupe et elle a donnée lieu à moult reprises.

    Mais lorsque Ram Jam adopte Black Betty, elle a en réalité 44 ans et elle est née dans la souffrance, bien loin de New-York.

    Petit retour en arrière sur le parcours de Black Betty.

     

    Un père et son fils, plus tard accompagnés de la seconde épouse du premier, écument l'Amérique, à la recherche de chansons qui font le folklore américain, loin des titres commerciaux qu'on entend sur les radios.
    Pour le compte de The Archive of American Folk Song, ce musicologue, John Lomax et toute sa famille, vont collecter et enregistrer ces chansons qui viendront compléter les archives de la Bibliothèque du Congrès.

    Qui est Black Betty ?

    Black Betty ce n'est pas qui mais quoi.
    Mais comme souvent quand il s'agit de culture populaire, la controverse quant aux significations et aux origines, n'est jamais bien loin. Black Betty n'y échappe pas.

    Pour certains qui font remonter l'histoire de cette chanson au 18ème siècle, Black Betty serait une pièce des mousquets qui équipaient les soldats et la chanson serait issue d'une marche de l'époque.
    Mais pour d'autres, plus nombreux parmi lesquels le futur président des États Unis, Benjamin Franklin, Black Betty personnifie une bouteille de whisky. Dans son journal "La Gazette de Pennsylvanie", ce buveur d'eau publie son "Dictionnaire du Buveur" et parmi les 228 expressions désignant l'ébriété que Benjamin Franklin a compilées, figure celle-ci : "Il [elle] a embrassée Black Betty".

    En ce premier tiers du 20ème siècle, Black Betty va prendre de toutes autres significations, plus cruelles, comme va le découvrir John Lomax lors de sa quête à l'est du Texas.

    Black Betty in chains

    Moses "Clear Rock" PlattLors de leur visite dans une prison centrale de la région de Sugar Land à l'est du Texas  en 1933, John et Alain Lomax vont rencontrer deux détenus : James "Iron Head" Baker et Moses "Clear Rock" Platt. Le premier est un voleur récidiviste et son surnom lui vient de ce que lors d'un travail à l'extérieur, une grosse branche d'arbre lui est tombée sur la tête ; alors qu'elle aurait pu le tuer, James Baker a continué son travail comme si rien ne s'était passé. Moses Platt est quant à lui incarcéré pour homicide : alors qu'il était poursuivi, il a lancé des pierres sur ses poursuivants avec une telle force et une telle précision qu'il en a tué 3, ce qui lui valut son surnom.

    La population noire est majoritaire dans tous les établissements américains et la façon dont elle est traitée est "digne" des plus belles heures de l'esclavage. Les châtiments corporels, officiellement interdits, ne leur sont pas épargnés.

    James "Iron Head" BakerBientôt, Black Betty symbolisera le fouet et le refrain "bam ba lam" marque le rythme des coups lors des séances de fouet auxquelles sont soumis les prisonniers noirs.
    Mais Black Betty représente également les fourgons noirs Black Maria qui servaient au transfert des prisonniers.

    Coupés du monde, les prisonniers noirs incarcérés de longue date ne connaissent pas le jazz et c'est à travers un blues semblable à celui des champs de coton qu'ils expriment la dureté de leur condition.
    En 1933 les Lomax qui ont acquis un enregistreur à cylindre, enregistrent cette première version très blues de Black Betty.

    Devant la somme de documentation que peut leur fournir James "Iron Head" Baker, les Lomax obtiennent son élargissment afin qu'il les suivent dans leur tournée texane. Malheureusement, ses vieux démons le ramènent en prison après de nouveaux cambriolages.

    En 1934, les Lomax sont en Louisiane.
    Dans le pénitencier d'état d'Angola ils rencontrent un autre prisonnier, Huddie Ledbetter, joueur de guitare 12 cordes, plus connu sous le nom de Leadbelly. Dans cette prison aussi on chante Black Betty.
    Avec un nouvel enregistreur à cylindre d'acétate, John et Alain Lomax capture la version que leur chante Leadbelly, une version qui reprend la tristesse de la version chantée par Barker et Pratt mais qui, sur la deuxième partie, annonce la version de 1977 par son changement de tempo.

     

    Une fois encore, les Lomax obtiendront la libération de Leadbelly mais celui-ci en fera meilleur usage que Barker puisqu'il fera carrière dans la chanson après un nouvel enregistrement, commercial celui-là, de Black Betty réalisé par John Lomax en 1939.

    Black Betty passe à la postérité

    Dans les années 70 un certain Bill Bartlett, chanteur et guitariste, fonde un groupe de hard rock, Starstruck, et tente un première fois d'enregistrer sa version de Black Betty. Mais les producteurs ne sont pas convaincus et rejettent le projet. Le groupe lui-même ne convainc guère et Bill Bartlett fonde le groupe Ram Jam.

    Cette fois, les producteurs marchent et cette version, qui reprend la partie plus folk de Leadbelly, fait un véritable tabac puisqu'elle se vendra à plus d'un million d'exemplaires et qu'elle s'imposera dans les 10 meilleurs titres des hits internationaux.

    Ce sera le seul succès du groupe qui ne vivra qu'un an. Black Betty quant à elle est désormais entrée dans les classiques du rock et fait l'objet de nombreuses reprises.

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 19 Octobre à 13:46

    Wow, sacrée histoire! :o C'est tellement agréable d'avoir des infos de ce genre, qui retracent les origines d'une chanson, le pourquoi/comment de ses quelques changements progressifs... C'est la meilleure preuve de respect que les auteurs de reprises pourraient avoir, d'en parler, mais... ils ne le font malheureusement quasiment jamais. :/

    Ce genre de poste me rappelle la vidéo de Linksthesun a propos de la reprise de Dadju: "bella ciao". Il voulait nuancer ses propos et reste humble tout le long, ce qui rend sa conclusion encore plus fameuse qu'elle ne l'aurait déjà été.

    En plus j'ai déjà écouté deux trois versions de Black Betty, mais comme trop mauvais en anglais... c'est principalement le rythme que j'apprécie, et qui me reste en tête. :o (je crois que celle sur laquelle je tombe le plus c'est la version de Caravane Palace)

      • Mercredi 20 Octobre à 11:41

        Hi !

        J'avoue que ma quête d'informations ne m'a pas poussée à me pencher sur les paroles, si ce n'est sur la version de Ram Jam où elles sont sans intérêt (reprises par Caravan Palace).

        Je suis contente que tu aies trouvé un intérêt à mon petit billet.

        Je pense qu'il y a ainsi beaucoup de chansons qui firent la bonne fortune de certains au détriment de leurs vrais créateurs.

         

      • Mercredi 20 Octobre à 12:53

        Je l'ai beaucoup apprécié! :D

        Je ne suis pas contre la popularisation des trucs chouettes, mais ce serait bien de garder en tête les origines. @-à Ca éviterai que ça débouche sur des trucs comme.. la famoso reprise de Dadju et sa bande.

    2
    Mercredi 20 Octobre à 09:40

    Bonjour ma petite Pixelie,

    Je ne connaissais pas du tout cette histoire de Black Betty, je découvre grâce à toi et ton article bien écrit. Pas mal les chansons.

    Je ne connaissais pas non plus Ram Jam. On en découvre tous les jours, c'est bien connu !

     

    Passes une bonne journée mon amie adorée, gros bisous.

    Florence

      • Mercredi 20 Octobre à 11:55

        Je suis tombée par hasard sur un commentaire et j'ai "déroulé le fil" en recherchant des informations.

        J'ai été très sensible à la souffrance un peu fataliste de la version originale, qui reflète la condition des afro-américains dans les états du sud, de nos jours encore.

        Bisous ma Belle

    3
    Mercredi 20 Octobre à 10:01

    Hello

    merci de ces infos,

    je connais la chanson mais pas l'histoire cachée de ce titre

    merci de retablir la vérité par cet article sur ce tube

      • Mercredi 20 Octobre à 11:59

        Ce fut passionnant de remonter dans le temps pour découvrir cette histoire.

        Merci de ta fidèle présence, Ami Poète

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